Cet instant est magique. Cet instant où l'on arrive à la dernière piste de cet envoûtant Red est magique. Cet instant où les premières notes de ce divin Starless résonnent en nous est magique. L'écoute des 4 premières pistes pouvait nous laisser présager d'une fin extraordinaire comme cela mais même dans nos rêves les plus fous, ce n'était pas aussi organique ou orgasmique. Car oui, le morceau titre, lourd et vénéneux, est d'une oppression assez frappante, Fallen Angel est magnifique, irradiée par la voix si caractéristique de John Wetton et par l'utilisation à bon escient d'instruments à vents, One More Red Nightmare est à la fois lumineuse et rampante, avec sa fin abrupte, ses percussions aquatiques et ces interventions fort à propos au saxophone et Providence installe un sentiment de malaise encore plus prononcé et renvoie directement à Starless And Bible Black, l'album précédent. En fait, tout le disque ne semble avoir été pensé que dans l'intention de préparer au mieux cette fin, où toute la majesté du roi cramoisi se dévoile. Organisé en 4 parties, ce voyage initiatique que nous propose le guitariste et leader Robert Fripp et sa bande nous fait traverser par toute une palette d'émotions: la mélancolie avec ce début tout en douceur où cohabitent mellotron et chant hypnotique de Wetton puis la tension avec cette basse qui claque comme un fouet et cette guitare qui cisaille des notes aussi tranchantes qu'une machette, tour à tour graves ou montant inexorablement dans le plus effroyable des aigus jusqu'à finalement exploser dans un déluge d'électricité. Ce n'est plus une guitare que tient Robert Fripp mais une arme de destruction massive sonore. Et alors qu'on se croyait perdu, c'est soudain le saxophone qui prend le relais pour un espèce de jam totalement débridé avant le dernier mouvement, le plus monstrueux de tous. Celui-ci surgit lorsque le saxo se met à reprendre le thème introductif, pour boucler la boucle et nous ramener brutalement à la réalité. Une quatrième partie tout simplement prodigieuse. Cet instant restera magique. Un jour de Juillet 2012, dans l'après-midi, moment où j'ai réalisé combien le progressif pouvait être grand et transcendant restera magique. King Crimson ne se remettra jamais vraiment de ce morceau, annonçant la mise en sommeil de l'aventure - ce ne sera que provisoire, le phénix renaîtra de ses cendres pour une nouvelle vie plus axée new wave - avant même la sortie de Red. 38 ans après, on ne s'en remet toujours pas non plus. Starless, ou un des titres les plus marquants du siècle. Ni plus, ni moins. Pour un album qui n'est pas en reste.

C'est très vivant ce style de rock, même en instru. Je me sens grisé après ce Red !
RépondreSupprimerContent que tu apprécies. D'autres kros à venir de ce groupe génial qu'est KC !
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