jeudi 23 octobre 2014

Deathprod - Morals And Dogma

2004 > Dark ambient/Suprême infinité


J'ai une certaine idée du chaos. Voilà. Elle est placée, mon accroche, une bonne phrase d'introduction, pensée, mûrement réfléchie pendant moult temps. Ouais, ça me semble assez parfait. Parfaitement racoleur, idéal pour vous titiller, vous et votre curiosité. Bah ouais, ne faites pas l'innocent ni le modeste, la curiosité c'est bien ce qui vous anime, non ? Quand vous voyez une petite lumière sous votre porte, vous passez votre oeil à travers le judas pour voir ce qu'il se passe dans le couloir, vrai ou faux ? Et puis vous vous repaissez dans votre voyeurisme. Ah il a bon dos le Mentalist... Oh, je ne vous jette pas la pierre, c'est cette dite curiosité qui vous mène jusqu'à moi, et qui vous fait attendre de manière insoutenable le prochain mot que je vais coucher sur le papier - en l'occurence le clavier - comme un morceau de viande que je jetterais en pâture à des fauves. Ce disque de Deathprod j'ai longtemps attendu avant de l'aborder. La bonne humeur, le bon temps, la bonne heure, minute, seconde. Le bon alignement des planètes. Et de la même manière, j'ai longtemps attendu avant de pouvoir en parler. Le temps de m'en remettre, de prendre un peu de recul, de trouver les bons mots. Deathprod c'est l'entité ambient de Helge Sten, musicien norvégien de son état, membre des exclusifs improvisateurs Supersilent et producteur au sein de Rune Grammofon, label spécialisé dans la prise de risque jazzy et expérimentale. Eh oui il n'y a pas que le black metal en Norvège !... J'ai une certaine idée du chaos disais-je. J'avais plutôt. Dead People's Things, second titre de ce Morals And Dogma, a tout envoyé balader, l'idée et le chaos avec. Pour qu'il y ait du chaos, il faut qu'il y ait quelque chose. Sauf que, comme dirait Léo Ferré, il n'y a plus rien. Rien qu'un désolement latent et pénétrant. Ah il a bon dos le dark ambient. Plus de notion de temps au cours de ces 18 minutes. Plus de notion du tout. Tout s'arrête. Pour ne plus redémarrer. L'eau que tu te versais est maintenant suspendue au dessus de ton verre. Ni jour ni nuit. Entre les deux. Qu'est-ce que la lumière, le son ou le toucher ? Tout est à réapprendre. La respiration n'est plus automatique. Concentre-toi. Inspiration. Tout n'est plus que sensation. Fugace. Expiration. Tout s'est inversé. C'est comme si l'air était devenu toxique et nous emprisonnait, nous noyait. L'air est devenu mortel. La vie devient mort. Lente. Agonisante. Dead People's Things, c'est la vie qui s'en va, la veillée funèbre interminable, le dernier souffle de vie qui s'éteint. L'infini dans tout ce qu'il y a de plus effrayant et inavouable. Insoutenable. Les autres titres, la cave sombre et la forêt inquisitrice de Tron, le lumineux Orgone Donor n'existent plus, noyés sous cette vague comateuse qui prend tout son temps pour t'appuyer la tête sous l'eau mais te libère juste à l'instant où tu te sentais partir. Deathprod, c'est la bande-son sur laquelle Prométhée se fait bouffer le foie chaque jour.   

2 commentaires:

  1. Des titres envoutants et sournois.

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  2. Sournois oui ça c'est certain... Faut que je jette un oeil à ses autres travaux, la Box Set qui les regroupe est vraiment alléchante.

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